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 Du gris et du noir. [Berlin-Est]

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Berlin Ouest
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Date d'inscription : 23/07/2013

Tout sur une nation. ♪
{ Nom Humain.: Erika Hohenzollern
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MessageSujet: Du gris et du noir. [Berlin-Est]   Jeu 27 Aoû - 14:38

Que pouvait-il m’arriver de pire ? Je me le demandais bien depuis l’arrivée massive de ces immondes nazis dans l’enceinte de ma maison, de ma mairie… Enfin, ma mairie, c’est beaucoup dire. Elle est aussi celle de mon frère car nous représentons Berlin à deux. Une certaine unicité parmi toutes les capitales du Monde. Cependant, cette unicité qui nous semblait anormale parfois, bien que nous ne nous voyons que très peu vivre l’un sens l’autre, trouvait toujours un sens dans la réalité de notre vie.
Aussi étrange que cela puisse paraître, surtout maintenant, je sentais comme normale la division de la représentation humaine de Berlin. Et pour cause ? Au lieu de rester à une réunion importante qui concernait l’évolution des aménagements défensifs de notre ville, Siegfried avait répondu à l’appel de son Führer. Adolf Hitler était devenu pour lui et Ludwig un personnage qui avait une place à part, une place telle que les réunions où il était évident que notre avis comptait pouvaient être laissées entre les mains d’une seule des deux représentants de Berlin. Evidemment, Erika a plus de faciliter à parler, Erika gère mieux les discussions liées au domaine de la défense de la ville car elle est membre de ce qui s’appelle désormais la Wehrmacht et surtout Erika n’aime pas du tout ce Chancelier ce qui nuirait aux relations entre notre famille et notre nouveau supérieur. Je pourrai lui accorder tout cela, mais ce que je ne peux pas supporter, c’est que l’on m’abandonne face à des mécréants, sans naissance, sans savoir vivre, et qui ont l’indécence de me parler comme si j’étais leur obligée alors que leur seule légitimité n’est autre que leur appartenance à un parti politique. Les joies de la démocratie disaient-ils lorsque sous les acclamations d’un peuple gangréné par le socialisme et ingrats, ces politicards ont décidé de trahir l’armée, leur racine prussienne et leur Empereur… Voilà où elle nous a mené leur démocratie : un parti qui se veut pour le peuple allemand, mais qui monte chacune de ses composantes les unes contre les autres tout ça pour obtenir une éradication d’une partie. En plus de cela adopte des idées rétrogrades en voulant que la femme ne serve qu’à procréer, servir son époux et prier leur maudit Führer. Quand je pense qu’il était admis dans l’administration de Berlin que ma présence en tant qu’officier supérieur de l’Armée Allemande et en tant que Bureaucrate ne pouvait être contestée par qui que ce soit sous l’Empire et maintenant cette bande de sauvage essaye sans cesse de me faire éjecter sur la base de mon sexe.

        Encore aujourd’hui, lors de cette réunion, ils sont revenus à la charge en essayant de me faire comprendre que ma place n’était nullement ici, mais plutôt dans mes appartements pour préparer je ne sais quoi à mon frère pour que celui-ci se sente davantage serein en sortant du travail.  Que lui avait un rôle majeur à jouer auprès d’Adolf Hitler et que je devais, comme toutes les femmes et surtout tous les royalistes, quitter mes fonctions.
Comment pouvait-il se le permettre ? Comment ces hommes sans valeur pouvaient-ils avoir le culot de s’opposer à ma présence en tant que militaire et haut membre de l’administration ? J’ai tenu cette ville par temps de paix comme par temps de guerre. J’ai fait en sorte d’aider mon frère Gilbert à faire rayonner l’Allemagne aux quatre coins du globe. Je me suis battue et ait versé mainte fois l’impôt du sang pour défendre mon rang face à toutes ces capitales qui se voulaient plus grande, plus prospères, plus majestueuses que moi. Mais malgré ça, eux qui n’ont rien fait, eux qui ont embourbé toute l’Allemagne dans un mélange difforme d’idées obscures et aliénées sont là pour me réduire, me faire passer pour un objet inutile à la place où il se trouve actuellement. Je ne suis ni l’objet qu’il désire tant me faire devenir, ni obsolète, ni mal-placée.
Certains officiers des garnisons de Berlin tentèrent de me soutenir, or le poids d’une décision du Führer finit par se faire sentir et d’une confrontation évidente entre l’armée et les membres de ce parti, il ne restait qu’un combat inégal entre une femme militaire et la gangrène qui s’était trop installée à Berlin. Je perdais jour après jour ma ville, celle pour laquelle je me suis tant de fois battu, et dans le même temps je perdais l’être qui m’était le plus cher au monde et pour qui j’avais tant fait, mon frère jumeau.

Cette réunion était à l’image de la distance qui s’installait entre nous. Il n’était pas là, lui qui était le seul à pouvoir tenir ces monstres en laisse, à les faire taire pour qu’ils m’écoutent. Enfin m’écouter était une chose, m’accepter comme interlocuteur en était une autre. La seule personne avec qui ils daignaient interagir habituellement n’était autre que Siegfried. Moi, je n’étais là que pour expliquer ce que mon frère ne savait pas déjà. Je n’avais jamais eu pour habitude de me mettre sur le devant de la scène afin d’être sûr de pouvoir conserver ma place. Or là, ils venaient m’éjecter de l’ombre dans laquelle je m’étais caché. Ils m’avaient mis sous le feu des projecteurs afin de mieux pouvoir me mordre une fois que mon frère aurait le dos tourné. Et lors de cette fichue réunion, cela n’avait pas manqué.
En quatre heures de réunion, ces insectes avaient suffisamment de fois piétiné mon orgueil pour que je finisse par exploser et forcer chacun d’entre eux à me regarder dans les yeux et à me montrer le respect qu’ils me devaient, eux qui n’avaient rien fait pour Berlin, eux qui n’étaient que les algues que la marée populaire avait déposé sur nous, les membres de l’armée, de l’administration de Berlin, et qui resteraient encore après bien des tumultes des océans. Pour leur plus grand bonheur surement, les autres officiers supérieurs présents durent intervenir et me faire sortir pour que je puisse me calmer. Ils m’avaient saisi par les deux bras et me soulevèrent, m’emmenant dans une autre salle de réunion de l’Hôtel de Ville pour que je m’y calme.
L’un des deux officiers qui m’avaient emmené resta un instant avec moi.  Il s’agissait du plus vieux des gradés qui se trouvaient dans l’assemblée. Je le connaissais depuis fort longtemps, presque si nous avions partagé quelques expériences communes durant la Grande Guerre. Il n’était pas rare que je libère du temps pour que pendant ses périodes de repos nous partagions quelques balades aux tonalités philosophiques le long de la Spree, quelques soirées mondaines ou encore des instants de calmes dans des restaurants ou des cafés de Berlin. Il n’avait rien de surprenant, ni-même rien d’attirant en soit. Bien qu’à l’époque, il avait un certain charme. Cependant, je me sentais calme avec lui. Il le savait et c’est surement pour cela qu’il avait pris le parti de rester avec moi le temps que mes envies meurtrières s’apaisent.

« General Der Artillerie Hohenzollern, vous ne devriez pas vous énerver de la sorte devant ces personnes. Ça m’étonne que vous l’ayez fait, vous qui d’habitude prenez sur vous pour ne pas leur laisser une chance de vous voir fléchir.

- Arrête avec le « General Der Artillerie » quand nous ne sommes pas en public. Là cette appellation me donne plus envie de m’énerver qu’autre chose.

- Je veux bien Fraülein Hohenzollern, mais vous avez l’ancienneté, l’expérience et la naissance qui vous donne une légitimité unique. N’allait pas donner raison à ces hommes en vous mettant dans des états pareils !

- Je ne pouvais pas d’accord ! Jusqu’à maintenant je n’ai rien dit parce que mon frère est toujours là pour faire en sorte de diminuer les coups. Mais quand des personnes de cette espèce viennent salir mon honneur de toute leur bave, je ne reste pas silencieuse.

- Fraülein Hohenzollern… vous savez tout autant que moi que ce que vous venez de leur faire leur donne l’avantage.

- Je me doute. Vous n’aurez qu’à dire que je suis préoccupée par je ne sais quoi et que par conséquent j’ai les nerfs à vifs.

- Ce qui n’arrangera pas votre cas. Ils vont finir par vous faire prendre des vacances de force là où on range les hystériques.

Il prit sa pipe, la bourra de tabac puis l’alluma avant de fouiller dans une de ses poches et me tendre un paquet de cigarettes.

- Tu ne serais tout de même pas en train de me traiter d’hystérique juste parce QUE J’AI VOULU QU’ON ME RESPECTE !!!

Je me levais d’un coup, le regard toujours énervée et mes yeux rivés sur son visage légèrement caché par la fumée de sa pipe.

- En tout cas, ce n’est pas continuant à rester énervée comme cela que vous allez leur prouver le contraire Fraülein Hohenzollern. Et comme pour vous calmez il vous faut soit manger, soit fumer, je vous conseille de prendre ce paquet de cigarette et de vous détendre.

- Je ne fume plus depuis la fin officielle de la guerre. Tu le sais pourtant.

- Oui. Dit-il en ouvrant l’une des fenêtres de la salle de réunion, laissant entrer la symphonie urbaine que les habitants jouaient en vacants à leurs occupations. Je sais aussi que vous allez attendre votre frère pour déjeuner et que de temps en temps vous prenez une cigarette pour vous « calmer » donc il ne vous reste pas grand-chose comme option. A moins que vous vouliez passer vos nerfs sur Siegfried.

- Aaah donne-moi ça ! Dis-je en me rapprochant de lui d’un pas lourd avant de presque lui arracher le paquet des mains et sortir une cigarette. »

Je prenais ensuite le vieux briquet de tranchée que j’avais conservé depuis la guerre pour allumer la cigarette et inspirer une grande bouffée de fumée. Elle envahissait mes poumons et suffisait déjà à me faire relâcher un peu la pression. L’habitude sans doute d’associer ce geste à un moyen de décompresser devait aider. J’avais beau avoir arrêté de fumer après la guerre, de temps à autre, quand je savais que j’allais faire quelque chose de travers à cause de mon énervement, je prenais une cigarette. Malheureusement, alors que j’avais réussi à ne pas toucher à une boîte pendant près de six ans, l’arrivée de ces imbéciles de nazi et leurs incessantes attaques ont réussi à me faire fumer. Même s’il ne devait s’agir que de l’une de ces cigarettes de circonstances, cela montrait bien que je commençais à ne plus vraiment les supporter.
J’expirais longuement, comme pour laisser échapper de mon corps toute cette fumée chargée de crispation, d’énervement, et autres sentiments de rages intense qui m’occupaient depuis des mois maintenant. Le fait que je me détende un peu pouvait largement se lire sur mon visage et l’officier qui était avec moi, voyant que je ne risquais plus de débarquer folle de rage dans la salle de réunion pour assassiner quelques dignitaires nazi, en profita pour me saluer et retourner dans la dite salle afin de terminer le dernier point de l’ordre du jour. Il prit aussi la précaution de me dire que si je finissais le paquet, il en avait fait déposer tout un colis dans mon bureau, son épouse et lui ayant profité d’un séjour en France pour m’en ramener.
Je n’avais donc plus de raisons de me soucier de quoi que ce soit. Le point concernant l’artillerie de défense était depuis longtemps passé et mon camarade officier allait surement m’apporter plus tard dans la semaine le procès-verbal de la réunion.

        A cette pensée, je m’accoudais à la rambarde de la fenêtre ouverte, laissant mes yeux se balader dans la rue qui juxtaposait l’un des flancs de l’Hôtel de Ville. Bien que les drapeaux nazi qui flottaient non-loin gâchent le spectacle avec leur rouge sang agressif, les allés et venus du peuple de Berlin restaient reposant et toujours la cigarette entre mes lèvres, j’esquissais un léger sourire.
Il se fit plus grand lorsque mon regard observa avec attention le paquet de cigarette alors que j’hésitais à en prendre une autre. L’officier qui était resté avec moi s’était souvenu de celles que j’appréciais. Certains sous-officiers un peu trop zélés faisaient toujours l’erreur de m’amener ces cigarettes pour femme, un peu moins grosses que les classiques ou moins fortes. Mais lui, après tant d’années de services en commun, avait bien compris que je préférais ces cigarettes françaises, plutôt difficiles à trouver car elles sont souvent données aux officiers de l’armée françaises. Le fait qu’il s’en soit souvenu et surtout qu’il en ait sur lui me laissait penser qu’il se doutait qu’à un moment, j’allais en avoir besoin.
Je soupirais un peu en finissant ma première cigarette. Je n’avais pas essayé de « savourer » ou autre. Non je l’avais complétement absorbé afin d’évacuer au plus vite et ainsi éviter de m’énerver sans raison contre mon frère comme je le faisais pendant la Grande Guerre. En plus de cela, je voulais savoir ce qui était si important pour Herr Hitler au point de monopoliser mon frère pendant toute une matinée. Il valait mieux donc que je ne sois pas à cran.
Je pris une nouvelle cigarette, la glissa entre mes doigts et sorti de la salle de réunion pour aller voir la secrétaire qui se chargeait des entrées. Je lui demandais de bien vouloir dire à mon frère que s’il me cherchait, je me trouvais dans la petite salle de réunion. J’en profitais pour attraper un journal du jour et demander un café à l’un des majordomes que je croisais avant de retourner dans la salle de réunion, allumer ma seconde cigarette et commencer la lecture du journal en attendant mon frère.

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MessageSujet: Re: Du gris et du noir. [Berlin-Est]   Ven 28 Aoû - 18:11

Mes doigts tapent nerveusement ma cuisse de plus en plus vite tandis que mes muscles se tendent de plus en plus fort. J’aimerais faire accélérer cette voiture bon sang ! J’ai beau insister envers mon chauffeur pour qu’il aille plus vite, il me dit qu’il ne peut pas faire mieux. Je me retiens de pester à de multiples reprises. Ecrasant le sol comme s’il y avait une pédale d’accélérateur sous mon pied tout en priant pour arriver à temps. Afin de m’occuper l’esprit, je feuillette les documents que j’ai emmené avec moi en m’assurant pour une énième fois de ne rien avoir oublié dans ma mallette en cuir. Le voyage jusqu’à Sachsenhausen ne m’a jamais paru si long et je ne regrette pas d’y avoir fait envoyé en urgence un courrier avant de pouvoir me défaire de mes charges à la marie et à la Chancellerie. Même si je n’y gagne que cinq minutes, je me sentirais ne serait-ce qu’un minimum soulagé. Mon poing se serre et je tente de ne pas m’énerver, de conserver mon calme au maximum. Lorsque la voiture arrive enfin, c’est à peine si j’attends qu’elle soit à l’arrêt pour en descendre d’un pas rapide.

Je conserve un rythme qui donne presque du mal à ceux tentant de me parler de me suivre. La moindre personne désirant converser doit adopter ma marche et ne certainement pas me retarder sous peine de sanction immédiate. Mon message était arrivé peu avant moi et je ne peux m’empêcher, contrairement à ce que je pensais plus tôt, de regretter de ne pas avoir été plus rapide. J’ai finalement l’impression de ne rien avoir gagné en temps. Je croise enfin le SS en charge de l’interrogatoire de ma sœur, la lettre qu’il a dans la main ne fait que me le confirmer. Je m’arrête devant lui, furieux. Je lui donne l’ordre de quitter les lieux immédiatement en ajoutant que je le contacterais sous peu pour que nous… « discutions » que je lui confirmerais plus tard. Je demande à un autre officier de le surveiller une fois qu’il fut parti. Je ne voudrais pas qu’il lui vienne l’idée de quitter l’Allemagne pour qu’il échappe à ce que je lui prépare.
Je reprends aussitôt mon rythme de marche en demandant à ce qui me suivent que nous parlerions plus tard et la colère que je dois afficher n’a pas dû peiner à les convaincre d’obéir. Je n’ai pas le temps pour eux, certainement pas maintenant. Lorsque je finis par arriver dans la salle où se trouve ma sœur, je me suis soudainement en la voyant attachée et au sol. Le « Heil Hitler » du SS présent dans la pièce me tire de mon choc et après avoir répondu mécaniquement, je lui ordonne sans attendre de la relever et de la détacher. J’ignore d’ailleurs pourquoi. Etais-je encore trop sous le choc de voir ma jumelle réduite à cet état pour pouvoir prendre de bonnes décisions ? Une fois qu’il eut obéit, j’ordonne au jeune homme de quitter la pièce sans attendre et ma haine ne s’étant qu’attiser, j’ajoute qu’il doit transmettre un message à l’officier qui avait été présent ici : Il devrait me retrouver à la marie ce soir. Je continue sur le même ton froid en lui ordonnant de ne rien dire de ce qu’il s’était passé ici sous peine de sanctions peu souhaitable. Il n’en fallu plus pour le convaincre et partir. Une fois la porte close, je ne peux m’empêcher de me précipiter vers elle. L’inquiétude me ronge et j’ai besoin de savoir si elle va bien ou non. J’avais eu le temps de retirer mes gants, voulant toucher sa peau sans intermédiaire comme pour trouver la plus infime blessure invisible à l’œil mais non au toucher. Elle recule et je n’insiste pas malgré mon envie de la forcer à une étreinte. J’avais échappé quelques mots et elle m’avait coupé. Je me retrouve tirailler par mes émotions. N’ayant pas envie de la forcer à quoi que ce soit, je reste en retrait. Me laissant doucement ronger par mes envies et ma frustration à l’idée de me voir interdire la moindre action. Afin de ne pas me laisser tenter, je m’éloigne d’elle, revenant vers la porte pour récupérer ses affaires que l’on me ramenait comme je l’avais exigé sur ma note. Je reviens vers elle et les lui tends. J’essaye de ne rien trahir, me tenant aussi droit que le voudrait mon rang alors que les regrets me dévorent. Je lui demande de me rejoindre dans la voiture lorsqu’elle aura terminé. Je n’ai pas envie de la laisser mais cette situation m’insupportant, je décide de ne pas l’endurer davantage. Je me sens de plus en plus sur le point de céder à mon inquiétude et je sais pertinemment que cela ne m’apportera rien. Je lui laisse ses affaires et quitte la pièce en silence. Je ne m’attendais pas à un mot de sa part, cela aurait été inattendu et surprenant. Depuis que je porte cet uniforme, nos rapports se sont considérablement trop détruits à mon goût. A plusieurs reprises, j’avais tenté de recréer nos liens mais en vain.
Je ne tarde pas à traverser le camp et au vent frais, j’aurais préféré une étreinte chaleureuse de ma sœur. J’ai beau m’être habitué à la voir moins, cela reste toujours difficile lorsque je me remémore sa présence dans mes bras. Je prends place dans la voiture et attends son arrivée.
Je décide de commencer immédiatement les papiers qui me permettraient d’innocenter ma jumelle et mon frère. J’écris nerveusement, me relisant avec autant d’attention possible afin de ne pas manquer le moindre détail qui pourrait trahir la défense que je tente de leur établir. Erika finit par monter dans la voiture et je ne peux retenir un regard de son côté avant de me replonger dans mes papiers. Cependant, ma concentration me fait faux bond et je n’ai qu’envie de me soucier d’elle tandis que la voiture commence à rouler. Je finis par me faire violence avant de lui demander si son visage était moins douloureux. Elle m’impose son silence assassin. Je l’appelle une seconde fois dans l’espoir d’une réponse qu’elle ne m’offre pas. Je me résigne et me reconcentre comme possible sur mes feuilles. Le trajet me parait interminable, une véritable torture.

Une fois arrivés, je descends sans attendre, restant près d’elle tant par envie qu’obligation avec les évènements qui avaient eu lieu. Une fois dans ses appartements, je me pose à son bureau le temps qu’elle se change avant de continuer. L’envie d’aller voir si elle est blessée me brûle mais je me dois de m’assurer que rien ne lui arrivera dans les temps à venir. Ni à elle, ni à Gilbert. Elle revient un peu après vers moi, regardant ce que je remplissais. Je la laisse faire sans broncher. Je n’ai rien à lui cacher alors je ne tairais pas ma volonté de la protéger en cet instant.
Qu’elle le veuille ou non, j’utiliserais mon rang pour les mettre en dehors de cette opération. Il s’agissait là de l’une des raisons qui m’avaient poussées à rejoindre les rangs de la SS. Être haut-gardé assurait un certain contrôle sur les évènements mais il faut en assumer le revers de la médaille le moment venu. J’ai pleinement conscience que beaucoup des décisions que j’ai prises ou appliquées ont fait de notre pays et de notre monde celui qu’il est aujourd’hui. J’avais contribué à ce futur, à cette guerre. J’avais délibérément plongé mes mains dans le sang sans hésitation pour m’assurer un peu de contrôle et éviter certaines situations. Et maintenant, sur ces feuilles, je tente de changer un peu le futur de certaines personnes. Je ne peux pas faire de miracles alors seulement deux en réchapperont. Mon regard se perd alors sur ce que j’ai rédigé et ce qu’il me reste à faire. Je ne signe rien, je saigne. Ce n’est pas un stylo, c’est une arme. Ce n’est pas de l’encre, c’est le sang de toutes mes victimes. Comment aurais-je pu deviner ce jour-là que les évènements prendraient une telle allure ?…

[♪♫Kings and Queens and Presidents
Ministers of Governments
Welcome to the future of your world

Through talking heads that took liberties
The monkeys learnt to build machines
They think they'll get to heaven through the universe♪♫]


Un soupir quitte mes lèvres tandis que j’avance dans les couloirs de la Chancellerie. Je n’ai pas spécialement envie d’aller voir le Führer mais je n’ai guère d’autre choix. Le délai laissé pour répondre à sa proposition d’entrée dans la SS vient de se terminer et je dois lui dire mon choix. Enfin, si proposition et choix il y a réellement eu. Il y avait eu une forme de demande qui cherchait simplement à masquer un ordre plutôt qu’une décision libre d’être prise. Nous avions parlé de bien des choses avant qu’il ne me fasse sa proposition. Nous étions d’accord en ce qui concernait l’injustice qui avait touchée notre pays avec le Diktat de Versailles par exemple. Avec Ludwig, il nous trouvait les parfaits représentants de ce qu’il qualifie de race aryenne. Nous sommes blonds, aux yeux bleus avec une condition physique à laquelle on pourrait difficilement reprocher quelque chose. Les conditions étaient déjà donc bien rassemblées selon lui pour que nous intégrions le corps de la SS. Je dois avouer avoir tout d’abord beaucoup hésité, Ludwig également car à nos responsabilités de nation et capitale allaient devoir s’ajouter celles des SS. Le Führer accepta de nous laisser un peu de temps pour y réfléchir et voilà aujourd’hui que le temps était écoulé. Je n’avais pas osé en parler avec Erika car connaissant son avis sur le Führer, elle m’aurait dit de refuser immédiatement. Elle déteste tellement cet homme qu’elle serait capable de tout certainement pour lui nuire. Et ce « tout » m’inquiète justement car étant donné l’organisation actuelle de notre pays, j’ai peur que ce « tout » puisse mener à un « rien ». Le Führer avait également avancé un argument qui était loin de m’avoir laissé indifférent. Les femmes n’avaient selon lui par leur place à des postes de haute-importances et je n’avais pas mis longtemps à comprendre qu’il parlait indirectement d’Erika. Selon lui, j’étais parfaitement capable de gérer les affaires de la mairie sans elle cependant, si je rejoins la SS, il sous-entendit que j’aurais surement besoin d’aide en tant que future capitale de son Lebensraum. Cet homme a une ambition folle et si ses projets arrivaient à terme, être la ville maitresse d’un tel empire impliquerait encore plus de travail. Je pourrais toujours en être capable selon lui et de ce fait, Erika devenait inutile. Je m’étais retenu de serrer les poings face à ses propos. Il déclara ensuite que si je rejoignais la SS, je pourrais abandonner certaines tâches de la mairie et ainsi les déléguer à ma sœur qui aurait ainsi un rôle utile à jouer. Il ajouta que plus je m’impliquerais dans la SS, plus je pourrais déléguer à ma sœur et de ce fait, plus on reconnaitrait son rôle. Je voyais parfaitement où il voulait en venir à ce moment-là et c’était pour cela aussi que je voulais y réfléchir. Durant les quelques jours accordés, j’avais réalisé encore plus le rejet que connaissait ma sœur vis-à-vis de son rang et de son poste. J’avais beau m’interposer, je me doutais bien qu’une fois que je n’étais pas à proximité, son calvaire devait continuer. Ils savaient faire les innocents devant moi, ils ne disaient rien ou niaient. Je n’osais pas vraiment aborder le sujet avec Erika, je me doutais qu’elle souffrait suffisamment comme ça de la situation. Je ne supporte pas de la voir subir cela. Elle est ma jumelle et ce que j’ai de plus précieux. Je refuse intérieurement que cela continue plus longtemps pour elle. Ma décision était alors prise et la volonté du Führer ainsi exaucée. Cela permettrait peut-être ainsi  à ma sœur d’être reconnue pour tout le travail qu’elle accomplit et le fait d’avoir son frère dans la SS la mettra peut-être également à l’abri de ses moqueries. Ou du moins, je l’espère. Je ne peux toutefois pas m’empêcher d’appréhender la réaction de ma sœur lorsqu’elle apprendra ma décision. Je la connais mais au final, je pense être prêt à affronter sa colère au prix de la tranquillité qu’elle gagnera surement. J’entre alors dans le bureau et vais m’asseoir face au Führer après l’avoir salué.

Sans grande surprise, il est ravi de ma réponse et m’annonce que tout est déjà presque prêt pour ma formation. Le contraire m’aurait étonné car encore une fois, la proposition avait plus des allures d’obligation avec tous ses sous-entendus. Au final, c’était comme s’il avait mis un collier en le serrant trop. On essaye de se débattre avec un temps jusqu’à manquer de force et de souffle. Alors seulement on se présente à la laisse et on sent le collier relâcher sa force au profit de la tension d’une laisse.
J’ignore combien de temps nous avons discuté lorsque j’ai finalement pu quitter son bureau. Je ne peux d’ailleurs pas m’empêcher de soupirer en quittant la pièce. Dans ce soupir, il y a cependant autant de soulagement que d’appréhension. Il me faut désormais annoncer la nouvelle à ma famille. Je connais leurs réactions, j’y suis relativement bien préparé mais cela ne m’empêche pas de ne pas vouloir atteindre cet instant. Je ne sais pas si je leur donnerais mes « motivations ». Je voudrais éviter de parler des responsabilités d’Erika qui s’étaient retrouvées menacées autant que possible. Je dois admettre avoir fait cela également pour servir ma nation. Ludwig m’avait confié qu’il y entrerait lorsque nous en avions parlé il y a peu et il fallait bien également que l’un des représentants de la ville l’accompagne selon moi. La patrie et la famille sont deux de mes valeurs principales, celles dont j’ai le plus de mal à me défaire et de ce fait, elles peuvent représenter une faiblesse pour qui sait les exploiter. Les valeurs prussiennes acquises il y a longtemps et qui représentaient pour moi une force montraient aujourd’hui leur double-tranchant. Je pensais qu’Hitler ne resterait que peu de temps au pouvoir mais force est d’admettre que je me trompais à ce moment. Gilbert m’avait appris à obéir et servir une autorité ainsi que mes devoirs envers ma nation. Je voulais protéger et aider les miens à n’importe quel prix. A part Ludwig avec qui je suis la même voie, je pense que Gilbert et Erika ne seront pas compréhensifs de cette décision. Mais elle est désormais signée et sans retour en arrière possible maintenant.
Il a été décidé que j’intégrerais l’une des Nationalpolitische Erziehungsanstalt, celle de Potsdam pour sa proximité avec Berlin. Je devrais passer les examens d’entrée comme le reste des jeunes hommes désirant y entrer mais le Führer ne doute pas en mes capacités sur ce point. Je ne suivrais que l’entrainement militaire car à mon niveau, on ne peut guère dire que j’ai besoin de prendre de cours. Ce temps-là sera alors consacré à l’administration de la ville. Hitler désire également que je lui fasse un rapport sur le bon déroulement de la formation des futurs SS. Meilleures les conditions seraient dans ces écoles, mieux ses futures élites seraient formées et disponibles pour le Reich. Je ne pensais pas réellement avoir besoin d’une formation militaire jusqu’à ce que je me rappelle le nombre d’heure que je passais devant un bureau plutôt qu’à l’entrainement sportif. Finalement, une remise en forme ne serait peut-être pas anodine. Avec mon apparence physique, je ne devrais pas avoir de mal à m’intégrer aux recrues ayant 18 ans car il y en a toujours pour faire plus ou moins vieux que leur âge. Je ne peux malgré tout cacher une certaine curiosité quant à la façon que le Führer veut que son élite soit entrainée et formée. Le niveau se voudra certainement élevé et je suis curieux de voir comment tous ses jeunes hommes vont s’en sortir. S’ils doivent aider à la direction du pays, autant dire tout de suite que l’avenir de notre pays reposera en partir entre leurs mains. Peut-être serais-je amené à en revoir une fois que j’aurais intégré la SS. M’enfin, ce n’est pas le moment pour des pensées aussi futiles que stupides. Ce ne sont encore que des gamins sans expérience pour l’instant. Ils sont encore loin d’avoir la prestance qu’ils auront à la fin de leur formation.

Je quitte enfin la Chancellerie en direction de la mairie. Mon pas rapide me permet d’y arriver en peu de temps. Malgré l’entrevue dont je sors, je suis pressé de revoir ma sœur en espérant qu’elle ne me pose pas de question à ce sujet. Je lui répondrais sûrement d’ailleurs la même réplique habituelle disant que si elle tient tant à savoir ce dont je parle avec le Führer, elle n’a qu’à prendre ma place à ses réunions au lieu de me contraindre à forcer à y aller en tant que représentant de la ville car elle refuse de le voir. Je me passerais bien de la vision de cet homme également mais si aucun de nous deux ne nous rendons aux réunions, nous risquerions d’avoir des problèmes. C’est facile de se plaindre que je presque plus de temps à la Chancellerie qu’à la marie dans de telles conditions. Je me passerais bien de ses allers-retours quotidiens. Enfin, elle a de la chance de savoir m’amadouer et se faire pardonner.
Une fois à la marie, on m’informe qu’Erika m’attend dans la petite salle de réunion. Je remercie la secrétaire pour l’information et en prend aussitôt la direction. Une fois devant la porte, je prie une dernière fois pour que nous n’abordions pas le sujet de ma rencontre avec le Führer et finis par entrer. Je la découvre alors assise, lisant le journal et cigarette aux lèvres. Je ne peux m’empêcher de soupirer en voyant qu’elle avait recommencé à fumer. Je croirais presque qu’elle a repris cette habitude parce que le Führer désapprouve tout ce qui est alcool et cigarette. Il juge cela nocif au corps de la race aryenne. Je la salue d’un petit sourire avant de dire en me dirigeant vers une fenêtre pour ouvrir et aérer un peu :

« Moi qui pensais que tu avais arrêté ses saloperies, je constate que non. Tu vas te ruiner la santé à la longue et tu auras l’air maline le jour où tu ne pourras plus respirer correctement. Je suis presque heureux que tu ne te décides à fumer que lorsque je ne suis pas là. Ça m’évitera d’avoir des soucis de santé à ce niveau. »

Je garde un léger sourire avant de venir embrasser sa joue. En temps normal, je me serais assis avant de la faire passer sur mes genoux mais l’odeur de cigarette me fit renoncer à cette idée. Je jette un coup d’œil rapide à l’article qu’elle lisait puis me contente donc d’aller me caler près de la fenêtre. Afin de ne pas me faire interroger trop tôt sur l’entrevue avec le Führer, je décide de lancer un sujet assez simple en demandant :

« Alors ? Quelles sont les nouvelles ? »

Parler de l’actualité du pays n’est peut-être pas le meilleurs sujets qui soit mais il me parait toujours plus agréable l’idée d’aborder de suite la réunion à laquelle assistait Erika ce matin ou mon rendez-vous à la Chancellerie. D’autant plus que je ne serais guère étonné de savoir qu’elle aurait encore eu des ennuis à cause de son rang et de son poste. J’espère intérieurement que l’on finisse tôt ou tard par la laisser en paix avec toutes ses histoires.
Je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’œil rapide dans la rue adjacente et y voit passer des SS. Je vais finir par croire qu’il faut que j’aborde le sujet avec Erika malgré mon envie de ne pas le faire. Je n’ai pas envie de lui expliquer la raison qui m’a poussé à accepter, ni de lui parler tout de suite des Nationalpolitische Erziehungsanstalt et j’en passe. J’avais rejoint ma sœur pour passer un bon moment, me détendre un peu en sa compagnie, lui changer les idées et non pour partir sur des justifications ou explications. Cependant au fond de moi, je sens que je n’y couperais pas. D’autant plus qu’il serait sûrement mieux qu’elle l’apprenne de moi plutôt que de quelqu’un d’autre. Dans tous les cas, j’aurais beau retarder l’annonce, elle devra bien arriver tôt ou tard et ce, que je le veuille ou non. Je n’aurais que peu de contrôle sur la situation mais plus tard, j’en aurais certainement plus lorsque j’aurais rejoint les rangs de la SS. Si cela pouvait au moins soulager Erika de ses conflits quotidiens, ce serait une bonne chose. Si cet uniforme noir pouvait intimider ne serait-ce qu’un peu ceux qui cherchent des noises à ma jumelle, je n’hésiterais pas. Une fois que j’aurais quitté la Napola, les choses ne tarderont certainement pas à changer et ses idiots devront se méfier d’une bande de gosses sortis de l’école car avec moi à leur tête. Qu’ils fassent les fier tant qu’ils le peuvent, ils le regretteront suffisamment tôt. Et le plus ironique serait que j’obtienne sous mes ordres l’une de leurs chères têtes blondes. Je souris nerveusement et brièvement à l’idée d’un fils arrêtant son père même si la probabilité est faible. L’idée est presque amusante et je serais curieux de voir après ça qui oserait encore s’en prendre à Erika. Pour ma famille, je ne reculerais devant rien. Jamais. S’il faut me mettre du sang sur les mains pour cela, je ne dirais qu’une chose : Le noir a un avantage indiscutable, il dissimule sans problème le rouge qui vient l’entacher encore et encore. Et ce, inlassablement…

[♪♫They say nothing
Deny everything
And make counter accusations
My friends, my dear, my love, my God

There'll be trouble when the kidz come out (come out)
There will be lots for them to talk about (about)
There'll be trouble when the kidz come out
When the kidz come out, when the kidz come out
When the kidz come out♪♫]

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MessageSujet: Re: Du gris et du noir. [Berlin-Est]   Mar 13 Oct - 23:13

Je lisais le journal que j’avais rapporté, cette cigarette au goût légèrement âcre dans la bouche. Mais plus je le lisais, plus mon envie de jeter ce papier aux ordures grandissait. Le NSDAP commençait bel et bien à mettre la main sur tous les organes de presse au point que même ce journal qui était l’un dernier à publier un discours sensé avait été pollué par la propagande nazie. Rien ne pouvait donc me sortir de cette ambiance pesante d’un national-socialisme tentaculaire. Chaque ligne transpirait l’exubérance nationaliste, qu’il s’agisse de la forme, de l’écriture ou même du contenu du journal lui-même. Les débuts de la construction d’une autoroute passaient pour un événement digne d’une manifestation de joie de tout le peuple allemand, la mort d’un homme dans un accident devient un drame national car le responsable serait de je ne sais qu’elle peuplade que le Führer avait jugé hostile à la « race allemande ». Et ainsi de suite tout au long des pages. Quelle idiotie… ma colère qui s’était quelque peu atténuée avant que je ne lise ce ramassis de non-sens commençait à remonter, comme si l’on avait ajouté quelques fines brindilles à un feu en train de se mourir. Cependant, mon frère pouvait arriver à tout moment alors au lieu de laisser échapper celle-ci, je m’acharnais sur la cigarette qui se consumait de plus en plus vite au bout de mes lèvres.

Alors que je tournais une page de mon journal, j’entendis la porte de la salle de réunion s’ouvrir. Mon corps ne changea pas de position, tout comme mon visage. Ce dernier, toujours concentré surplombait mon buste droit et avec un léger angle aigu par rapport à mes jambes croisées sous la grande table de réunion. Seuls mes yeux se rivèrent sur la porte qui s’ouvrait pour voir qui entrait. Ils suivaient le mouvement du battant avant de se poser sur le visage de mon frère. Le fait de le voir me fit esquisser un léger sourire qui s’effaça aussi rapidement qu’il était apparu. Je lui en voulais davantage que d’habitude aujourd’hui. Si certaine fois je ne disais rien lors de ses absences, là les choses avaient dégénérées. Je repris donc ma lecture sur un article plutôt long sur les vertus de ce qui allait devenir la SS. Un acronyme de plus pour un gouvernement qui ne cessait de toute évidence de s’entourer d’arme d’auto-défense, comme s’il avait peur que le peuple qu’il avait berné se rende compte de la supercherie et l’expulse de cette chancellerie.
Bien que mes pensées soient emplies d’exaspération à mesure que je lisais l’article, mes oreilles étaient toujours efficientes et ce que me dit mon frère m’arrêtait nette dans ma lecture. Mes poings se serrèrent sur le papier du journal en compensation de mon visage que j’essayais de garder inexpressif.

« Il faut dire que tes camarades du NSDAP m’y ont aidé. Ils ont réussi à m’agacer suffisamment pour forcer mes frères d’armes de Berlin à me faire sortir de force de cette réunion à laquelle tu n’étais pas. D’ailleurs l’un d’eux a soumis l’idée que les sbires de Herr Hitler pourraient m’envoyer dans un hôpital pour hystérique, ce qui te donne la nature de mon état à ce moment-là. Enfin, heureusement que tu es de moins en moins là car avec toutes les coups que je dois supporter, je crains que ma consommation de cigarette n’aille qu’en augmentant. »

Je ne répondais même pas à la question de mon état de santé. Au pire, s’il advenait que celui-ci se dégrade, cela libérera le champ à ces imbéciles.  Malgré mon énervement, l’idée de m’éloigner de mon frère me faisait mal. Je n’avais pas envie et je savais que cela n’aurait pour effet que de nous affaiblir, tout deux. Or comment pouvait-on continuer comme si de rien était alors que nous ne pensions pas la même chose, que nous avions des choix qui divergés de plus en plus…
Enfin…
Mon frère vint m’embrasser la joue comme il le faisait d’habitude et ce malgré cette cigarette qui semblait l’importuner et ma harangue. Se pourrait-il que je sois trop sévère avec lui ? Non. Il avait l’obligation d’être là. Son engagement auprès de Herr Hitler ne devrait en aucun cas prendre le pas sur ses fonctions dans la ville qui est la nôtre.
Après qu’il m’est embrassé, je lâchais le journal des yeux pour le regarder. Il était dans son costume de travail habituel, finement taillé sur mesure pour lui par le couturier qui faisait depuis des années mes uniformes d’apparat et les quelques robes de soirées que je portais pour les grandes occasions de la ville. Il savait parfaitement comment faire pour se faire tailler ses costumes et ses uniformes. Mais j’aimais bien être avec lui lorsqu’il faisait ce genre de chose.  Il n’avait comme à son habitude pas pris la peine de se coiffer comme le ferait cet imbécile de Ludwig qui n’aurait jamais dû suivre cet abject troufion d’autrichien de Führer ! Ses muscles pouvaient être discernés à cause des plis dans ses vêtements et révélaient le côté sportif de mon frère jumeau qui avait surement pris de Gilbert. Ludwig ayant suivi l’exemple des deux peut-être.
Je pivotais sur mon fauteuil pour me mettre face à lui alors qu’il rejoignait la fenêtre qu’il avait ouvert en arrivant, ce qui donnait davantage à entendre le son des rues limitrophes.

Tous deux nous sommes resté silencieux un cours instant et alors que j’allais lui demander comment s’était passé sa réunion avec Herr Hitler, il me demanda les nouvelles. Je ne savais pas quoi répondre…
Profiter de cette demande pour lui résumer la réunion, du moins à la partie à laquelle j’avais pu participer avant de me faire éjecter, ou lui parler de ce torchon sur la table qui se fait appeler journal.
Je pouvais alors passer pour celle qui gobe tout ce que ce journal dit. Seigfried semblait ne pas tenir rigueur au fait que je fasse cela. Cependant ses relations privilégiées avec Herr Hitler pourraient avoir une mauvaise influence et donner un caractère destructeur à un tel comportement. Après tout, je savais moi-même ce que c’était d’être embrigadée et de croire dure comme fer à une cause que l’on a fait en sorte de me répéter pendant des années. Je l’ai fait pendant la Grande Guerre et il a fallu m’attacher et me montrer qu’il s’agissait d’un mirage pour que je décide à laisser tomber une part de ce rêve pour lequel j’ai tué et j’étais devenu une véritable horreur pour les relations entre moi et Siegfried. Se pourrait-il que ce schéma destructeur se redessine mais avec pour personnage central mon frère jumeau ? L’idée que cela soit le cas m’interdisait donc de recracher tel un perroquet pour le préserver autant que faire se peut d’une propagande de plus en plus agressive.  
Il y avait l’option de présenter le journal tout en lui jetant à la figure les absurdités que le pouvoir en place écrivait. Cependant, ce serait mettre en péril toute ma volonté de rester dans un entre deux avec le NSDAP comme je le faisais depuis l’arrivé d’Herr Hitler afin de conserver au mieux mon poste et rester dans cette obscurité protectrice. De surcroit, si je le faisais, il était fort probable que cela remonte à Ludwig qui n’aurait aucune retenue quant au fait de m’expliquer que tout ce qui se trouve dans ce « journal » était vrai, tant la gangrène nationale-socialiste l’avait empoisonné à un stade de non-retour.
Il restait enfin l’option de présenter de façon neutre tout ce qui y était dit, sans émotion particulière, mais en laissant apparaître mon désaccord dans certain cas, mais juste avec l’intonation de la voix.
Cependant intérieurement, j’avais envie de lui dire ce qui venait de se passer, de lui dire que j’étais à bout de cette situation absurde. Dans le même temps, une partie de moi portait la faute de mon état sur lui. Je ne savais pas vraiment quoi faire, même pour une question aussi simple que « quelles sont les nouvelles ? ».
Il ne me restait plus qu’à improviser entre les différentes options qui était à ma disposition… du moins c’était ce que je pensais avant de laisser cet énervement que j’avais essayé de contenir sortir avec un ton assassin tandis que je finissais ma cigarette, en prenais une autre et allé au niveau de l’autre fenêtre ouverte.

« Les nouvelles ? Tu aurais dû les demander directement à Herr Hitler. Je ne saurais te dire ce qui se passe vraiment dans notre capitale ou bien dans notre pays tant le torchon qu’il nous propose est rempli de propagande. Et Dieu sait que j’ai eu à faire avec de la propagande. Mais à ce niveau, je dois avouer que je n’y étais pas habituée. Quant aux nouvelles liées à la ville, bien que j’étais jetée dehors, tous semble avoir été intégré. Un ami officier devrait m’apporter dans l’après-midi le procès-verbal de la réunion, je te le transmettre à ce moment-là. »

Je n’avais fait preuve d’aucune retenue dans mon discours. Quelle cruche je faisais. Néanmoins le dire me soulageait et je savais que même si les murs avaient de plus en plus d’oreilles, mon frère n’était pas encore suffisamment embrigadé pour m’en tenir rigueur. Je me tournais vers l’intérieure de la salle de réunion, la cigarette allumée entre mes doigts tandis que j’étais adossée à la rambarde de la fenêtre. Je tourné la tête vers mon frère pour voir sa réaction

« Et ta réunion ? En dehors de ton traditionnel complet, elle s’est bien passée ? »

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MessageSujet: Re: Du gris et du noir. [Berlin-Est]   Ven 20 Nov - 21:54

Je n’apprécie jamais le ton qu’elle emploie lorsqu’elle parle des autres membres du NSDAP. Ou du moins, c’est le fait qu’elle en parle comme s’il s’agissait de mes « camarades » qui me déplait à chaque fois. J’ai l’impression qu’elle me met à dos une faute que je n’ai pas commise dans ces moments. Je sais à quel point la situation est dure pour elle actuellement et elle devrait savoir que le fait de la voir traitée ainsi me révulse alors qu’elle me mette dans le même groupe qu’eux à fortement tendance à me dégoûter. Elle me reproche de ne pas avoir été présent à la réunion et je retiens un soupir à cette remarque. C’est un autre point qui me fatigue depuis l’arrivée du Führer : qu’elle me reproche de passer du temps à la Chancellerie pour y faire sa part de travail car elle refuse d’y mettre les pieds. J’ai toujours cette vilaine impression de l’hôpital qui se moque de la charité. Si j’avais eu les moyens de quitter le bureau du Führer tout à l’heure pour venir à la rescousse de ma jumelle, je l’aurais fait sans une once d’hésitation. Mais me voilà coltiné à ce rôle d’impuissance à cause de mes obligations. J’ai un nouveau sourire nerveux. Comme si je ne m’en voulais pas assez de ne plus, elle souligne que ce n’est presque pas si mal que je sois moins présent car sa consommation de cigarette risquait d’augmenter. Et là est mon problème, j’aimerais être plus présent pour qu’elle ne se rabaisse pas à cela. Mais bien évidemment, ce genre de chose est bien plus facile à dire qu’à faire… Je soupire avant de lâcher sur un ton relativement calme mais dans lequel je ne pouvais m’empêcher de mélanger reproches et inquiétudes :

« Je ne serais pas obligé d’aller à ces réunions à la Chancellerie si tu ne m’avais pas délégué le travail que tu avais à y faire Schwester. Si tu avais accepté d’y faire ce qu’on t’avait demandé, je serais resté un peu plus à la mairie. Enfin, tu n’as pas à t’en faire, il n’y a pas de raison à ce que l’on te fasse interner. Ils font tout pour te pousser à bout, j’en suis conscient et je regrette à chaque fois de ne pas être là quand ça se produit mais il faudrait que tu arrêtes un peu aussi de suivre ton instinct et que tu saches rester calme. Si tu leur montres que ça te blesse, il est certain que ces idiots ne se priveront pas pour continuer. »

Je ne pouvais rien dire de plus sous peine de réveiller davantage mon sentiment de culpabilité déjà bien trop présent depuis que j’avais accepté de rejoindre la SS. L’envie de me cacher avec ma honte et ma culpabilité était prenante. Je ne pouvais pas être toujours présent pour assurer la défense de ma jumelle et j’avais dû opter pour une solution radicale qui lui permettrait également de conserver un maximum de ses fonctions au sein de la ville. J’avais pris une décision à double tranchant et même si je sens déjà la pression des lames sur ma peau, je n’ai pas envie de m’y blesser tout de suite. Je préfère avoir le temps de me préparer à la douleur plutôt que de la subir de suite. Je voudrais profiter encore un peu de moment de calme tranquille avec ma précieuse jumelle avant de voir un tel sujet exposé et exploser. Il me faudrait trouver les mots justes et la façon de le dire ainsi qu’un moment approprié. Le lui annoncer alors qu’elle est d’une telle humeur ne serait certainement pas l’idée du siècle. La voir ainsi me fait d’ailleurs de la peine. J’ai envie de trouver un moyen de lui changer les idées ou de la divertir un peu mais je pense que ce sera également une tâche difficile. Il faudrait d’abord lui faire lâcher cette maudite cigarette que je voudrais bien lui arracher avant de pouvoir la prendre sur mes genoux et la caler contre moi pour l’étreindre.
Lui proposer d’aller faire un tour dans un parc de la ville me vient à l’esprit mais je recale l’idée aussitôt. A tous les coups, nous croiserions des SA ou des SS qui risqueraient de l’énerver encore plus. Je ne peux pas lui proposer de rentrer chez nous non plus car ils nous restent encore beaucoup de travail avant de terminer la journée. Je ne peux pas cacher non plus que j’appréhende désormais le fait qu’elle quitte la pièce. Je ne veux pas qu’elle apprenne au détour d’un couloir que j’ai accepté de rejoindre la SS. Je veux qu’elle l’apprenne de moi et de personne d’autre sans quoi, sa colère sera sans doute beaucoup plus forte. Erika me demandera sans doute ce qui m’a poussé à une telle décision et là sera toute ma difficulté à me justifier. Je ne veux pas lui dire que j’ai fait cela pour qu’elle conserve un maximum de ses responsabilités à la mairie ou bien encore pour dissuader ceux qu’elle qualifie comme étant « mes camarades » de continuer de l’ennuyer plus longtemps, surtout lorsque je ne serais pas à ses côtés. Et c’est ce qui me terrifie : le fait qu’elle puisse décider de s’éloigner à cause de mon nouveau rang. Je ne veux pas que ça arrive. Je ne veux pas qu’elle me tourne le dos. Je veux la protéger moi-même et pas seulement avec un grade ou une fonction. Je me sentirais encore plus honteux si je devais ne la défendre qu’ainsi sans avoir la possibilité d’agir davantage ou directement pour elle. Je redoute de subir à mon tour l’attitude qu’elle adopte actuellement avec Ludwig. Nous avons beau être jumeaux, je pense que cela ne l’empêchera pas de me tourner le dos sous l’effet de la colère et de la rancune. Si par malheur cette situation devait se produire, j’ignore s’il existerait un moyen pour moi de me racheter ou de me faire pardonner. Si ce malheur devait arriver, je prie sincèrement pour trouver un moyen d’expier ma faute…

Alors que je continue de regarder un peu distraitement dehors, Erika décide de répondre à ma question concernant le journal qu’elle lisait lorsque je suis entré. Elle rétorque qu’elle ne sait rien des nouvelles et qu’il n’y a que de la propagande à tout va. J’aurais selon elle mieux fait de demander directement au Führer les nouvelles si je voulais savoir ce qu’il se passait dans notre ville et pays. Ces mots suffisent à me démotiver sur le fait de renchérir à ce sujet. Erika ne bougera pas de ses positions et même si je n’ai certainement pas l’envie de l’en faire bouger, je ne prendrais pas le risque de poursuivre la conversation. Elle me croit beaucoup trop au service du Führer pour que j’ose accentuer cette fausse impression. Les idées du Führer ne m’intéressent pas plus que cela mais elle semble persuadée du contraire. D’autant plus qu’à l’arrivée du Führer au pouvoir, je pensais qu’il tomberait aussi vite que les autres mais à force de le rencontrer, je me suis rendu compte de la prestance que dégageait cet homme et le sous-estimer à un niveau politique serait de la pure folie. Et puis, avons-nous réellement quelque chose à redire à la décision du peuple allemand qui l’a élu en toute légalité ? Certains de ses objectifs sont plus désirables que d’autres mais il en est qui ne m’intéressent pas. Il compte lutter contre le Diktat et redonner à l’Allemagne sa prestance, choses que je désire aussi. Pour ce qui est d’autres idées du Führer, il aurait pu haïr je ne sais quelle religion que je n’aurais guère plus réagi. Les chrétiens, les juifs ou d’autres, je n’en ai que faire. Cela ne concerne que lui et nous n’avons pas le pouvoir de nous opposer à ses ordres, nous ne pouvons qu’obéir. C’est pour ces raisons que je n’accorde qu’une faible importance à l’antisémitisme débordant de notre chef.

Le temps de ses paroles, elle s’était levée après avoir pris une nouvelle cigarette et était venue se mettre près de moi. L’envie de lui arracher cet objet qui selon elle la détendait me reprend mais je n’en fais rien. Tant qu’elle ne me souffle pas sa fumée au visage, je n’ai pas de raison de vouloir lui retirer ce qui pourrait l’apaiser. Mais si cela devait effectivement la calmer, j’aurais aimé des effets plus rapides car je n’ose imaginer l’état dans lequel elle se trouvait si elle s’était effectivement calmée depuis qu’elle avait fumée sa première cigarette.
Elle tourne alors son regard vers moi avant de me poser la question tant redoutée sur la réunion avec le Führer. M’y étant préparé, je ne pense pas avoir trahi quoique ce soit. Peut-être que mon cœur a juste eu un battement plus fort à cet instant mais pas assez pour trahir quoique ce soit. Je me contente de soupirer en haussant les épaules :

« Autant que les précédentes. J’aurais préféré la réunion de la mairie sans aucun doute. Enfin, il faut bien faire son travail, non ? »

Je n’ai pas envie d’en dire plus et ma réponse me semble suffisante pour éviter les ennuis. Avec un peu de chance, Erika ne voudra pas en savoir plus et quand bien même elle insisterait, je n’aurais qu’à lui répondre qu’elle saurait ce qu’il se passe à la Chancellerie si elle acceptait d’y mettre les pieds et d’y faire son travail. Même si cela serait certainement la pire des idées étant donné ce dans quoi je viens de m’engager. Je retiens une envie de soupirer et passe doucement une main dans les cheveux de ma jumelle avant de venir embrasser son front.

« Excuse-moi Schwester. »

Mon ton s’est soudainement adouci et calmé. Erika ne comprend sûrement pas ces mots sortis de manière aussi inattendue et décalée du contexte. Elle supposera sûrement que je m’excuse de ne pas avoir été là ce matin pour la protéger et ce ne serait pas plus mal au final. Je ne pense pas qu’un jour elle se doute que ce soit de mon engagement envers le Führer dont je cherche à me faire pardonner mais cela n’a aucune importance. Tant que je sais faire cela pour elle et pour son bien, cela me suffit amplement. Je ne serais jamais difficile sur ce point. Je paierais bien des prix pour elle. Si rejoindre la SS lui permet d’affirmer son utilité au sein de la mairie, alors je n’ai pas de raison de me poser plus de question. Peu importe les conséquences tant qu’elle est heureuse, en bonne santé et que rien ne soit en mesure de lui nuire. Je ne serais qu’un uniforme noir supplémentaire, pour ne pas dire une ombre si elle décidait de me détester pour cette décision. Lorsque nous nous disputons avec Erika, je ne peux m’empêcher de m’imaginer ce que cela donnerait si elle prenait la décision de m’ignorer et de faire comme si je n’existais pas, pour ne pas dire comme si je n’existais plus. Ma plus grande crainte a toujours été de ne plus rien représenter pour ma précieuse jumelle. De n’être plus rien ni personne me briserait et je redoute que cela arrive si elle apprenait mon entrée dans la SS étant donné son attitude envers le Führer. Alors dans le doute, je veux sauver mes derniers moments de tranquillité avec elle tant que je le peux. Elle m’en voudra de lui avoir caché une telle chose, sans aucun doute. Mais je paierais ma faute. Je sais que je ne pourrais pas le garder éternellement pour moi. Je ne peux que dissimuler les faits un certain temps, jusqu’à ce qu’autrui ou moi-même en vienne à faire un faux pas. Après ce jour-là, trébuchant sur ce que je tenterais en vain de cacher depuis tout ce temps, je finirais sûrement par tomber dans l’ombre…
Je ne peux pas m’empêcher de me demander comment je réagirais par la suite ou plutôt, de quelle façon j’agirais et ce que je deviendrais. Serais-je le même malgré tout ? Changerais-je ? Si oui, à quel point ? La question est effrayante mais certainement inévitable. Après tout, si ma moitié vient à m’ignorer, cela ne peut impliquer que des changements pour nous. Je ne veux pas m’arracher à ma sœur mais elle ne me laissera peut-être pas le choix. Et puis, combien de temps cela durera-t-il ? Autant je pourrais probablement tenir quelques jours une telle situation mais plus longtemps… Cela me paraît insupportable… Je ne sais même pas si je pourrais tenir. Ou du moins, sans finir par perdre la raison. Briser toutes les habitudes que nous avons me terrifie. J’ai beau avoir signé en conséquence de causes pour que ma sœur ne soit plus victimes des moqueries et remarques de ces abrutis, je ne peux m’empêcher d’avoir peur et de redouter tout cela. La perte de repère persistants depuis des années me tétanise... La trahison et le réconfort ne cessent de me tirailler pour me faire basculer de leur côté. L'une veut que je tombe dans la honte et l'autre dans l'assurance d'avoir pris la meilleure décision qui soit pour ma soeur. Etre en équilibre entre les deux est loin d’être évident mais je dois faire avec. A défaut de rejoindre un comportement qui me serait propre, je préfère lâcher ce que je suis pour continuer d’embrasser la résolution de faire en sorte que tout aille pour le mieux dans la vie d’Erika et ce, dans la mesure de mon possible. Les autres ne comprendront certainement pas mon choix cependant, je juge qu’ils n’ont pas besoin de connaitre mes motivations. Et même en leur donnant des explications, je ne pense pas que cela parvienne à les convaincre. De toute façon, il est trop tard pour revenir en arrière. La décision est prise et je dois m’y tenir  peu importe le reste tant que cela ne nuit pas à Erika. Je veux bien devenir ce que je ne suis pas pour son bien tout en sachant ce que cela me coutera certainement. Avec un peu de chance, je pourrais rendre mon uniforme lorsque le Führer ne sera plus au pouvoir. En attendant, il faudra que je m’habitue à mon nouveau poste et à mes nouvelles fonctions. Je n’ai pas envie de laisser ma place à la mairie mais si cela peut permettre la reconnaissance des capacités d’Erika à gérer la ville, alors c’est un mal pour un bien. Je regarde ma sœur avec une nouvelle envie de m’excuser mais m’en abstiens. Trop d’excuses sans justification pourraient attirer des soupçons… Je continue de jouer doucement avec une mèche de ses cheveux avant d’en coincer une entre mes doigts, me penchant ensuite pour y poser un petit baiser avant de me redresser avec un léger sourire au coin des lèvres. Un sourire triste… Et à défaut de pouvoir prononcer à voix hautes mes excuses, je les murmure intérieurement… : Erika, ma précieuse jumelle… Je ne te demande pas de comprendre ma décision mais je t’en supplie… ne me rejette pas. Ne fait pas de moi une simple ombre errant dans ton existence… Laisse-moi ma place de jumeau à tes côtés. Je t’en supplie… ma précieuse Erika…

[♪♫À l'ombre
Risquer de n'être personne
L'on se cache et l'on se cogne
À l'ombre
On se coupe de soi-même
On s'arrache ainsi au ciel
À l'ombre
Et sentir que l'on se lâche
Que rien ni personne ne sache
Quand la nuit tombe
Las de cette vie trop brève
On devient l'ombre de soi-même♪♫]

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Du gris et du noir. [Berlin-Est]
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